top of page

Résidence au Parc de la Poudrerie Royale de Saint-Chamas, 2022-23

Résidence Parc de la Poudrerie de Saint-Chamas- Miramas, 2022-23

Invitée en Résidence par l'association Voyons voir art contemporain en territoire, avec l'aide de Bourse été Culturel, DRAC PACA, Rouvrir le Monde 2022, et l'association Le Bureau des Guides-GR 2013. 

Enquête Botanico-Balistique,



+Exposition,
+Conférence 
+Atelier 
+Herbier collectif,
+Marche publique
+Rencontre  scientifiques.


 

Texte de Charlotte Fauve.  Télérama Novembre 2023

Une chapelle, un micro doré de Karaoké. Drôle de décor pour une conférence «performée» de Camille Goujon autour de son herbier dessiné des lieux. L’artiste, auréolée de carton et d’une barbe -en référence à Sainte Barbe, patronne des artificiers-, commence son exposé , « pile là où il y a 322 ans, Louis XIV, en achetant un lopin de terre, fondait la première usine classée Seveso de France. » Face à une assistance hilare, Camille Goujon convoque jeux de mots, illustrations, performances... Les jeux de mots entraînent des images. Des arts « plastiqués », plutôt que plastiques, pour mieux révéler l’étrange destinée de cette poudrerie royale, puis nationale, frappée par une catastrophe industrielle en 1936 (cinquante trois morts, près de deux cents blessés) et aujourd’hui transformée en parc naturel, «où les arbres poussent boostés par les nitrates des explosifs qui polluent les sols» À la poudrerie, Camille Goujon est venue d’abord pour une résidence, initiée par l’association voyons voir, avec le soutien du Bureau des guides-GR2013. Un an et trois séjours plus tard, elle y est toujours, et est devenue obsessionnelle des platanes, dont elle reproduit merveilleusement à l’aquarelle l’écorce desquamée, si semblable à un camouflage militaire. Dans son enquête « botanico-balistique », son « Explosition », elle a aussi bien réussi à embarquer Farah ou Antoine, les gamins du centre social voisin, que le dendrologue ou le guide-naturaliste Joël Torres. « Ce qui partait comme un délire, nous a amené, au fur et à mesure, à plus de rigueur. Et à une évidence, celle d’un herbier. » Ou plutôt deux, menés en parallèle, avec deux protocoles tout aussi sérieux. L’un scientifique, écotoxicologique, (pendant du gigantesque herbier Castagne, maire de Miramas au 19ème siècle, que Camille Goujon redécouvre au cours de ses recherches). L’autre artistique, illustré, «523 espèces dessinées par 523 habitants des environs». Le recueil de la parole vraie, le pas de côté absurde et rigolard, face à l’angoisse de mort et à la crise climatique. Née en 1977, fille d’éditeurs « éco-anxieux » avant l’heure, Camille Goujon grandit en banlieue parisienne, élevée au milieu des livres de Daniel Pennac, cette dilettante opiniâtre fait « cinq écoles en cinq ans » avant les Beaux-Arts, dont elle sort sans diplôme, à une époque où « l’on ne faisait pas le lien entre art et écologie. » Grâce à une bourse, elle s’envole pour Los Angeles. Révélation : « J’ai suivi le pipe, le tuyau, qui partait de la ville jusqu’au lac Owens, totalement asséché pour assouvir les besoins en eau d’Hollywood.» De retour en France, elle s’installe à Marseille, où assez logiquement, sa fascination pour le « paysage-machine » l’amène à l’étang de Berre, berceau de la pétrochimie française - à deux pas de la Poudrerie de Saint-Chamas et Miramas. La suite se lira dans les plantes qu’elle préfère faire dessiner par d’autres : « Dans leur maladresse, éventuelle, on y lit une personnalité, une histoire. » Comme celle, sulfureuse, d’une terre polluée par l’industrie militaire, où d’anciennes caisses de munitions tiennent toujours lieu de bacs de plantation.

Charlotte Fauve

bottom of page