Camille Goujon

Biographie narrative

 

Si le point de départ du travail de Camille Goujon s’ancre dans le réel, ses créations plastiques donnent forme à l’imaginaire, prétexte à raconter des histoires où l’articulation entre réel et fiction est si ténue qu’elle lui permet de traiter de sujets graves avec humour.

C’est à l’occasion d’un échange scolaire entre l’école des Beaux arts de Paris et l’école Art Center collège de Los Angeles en 2004 que Camille Goujon commence une enquête sur l’histoire de l’eau à Los Angeles.

 

C’est à cette occasion que son travail sur la disparition de l’eau, les effondrements géologiques, les réseaux, les catastrophes environnementales liées à l’activité humaine prend son ampleur.

Elle obtient en 2007, la bourse de La villa Médicis Hors les murs qui lui permet de résider plusieurs mois à Los Angeles afin d’approfondir son enquête.

Vivant avec les habitants d’un village fantôme dans le désert au bord du lac asséché par Los Angeles, ses recherches l’amènent à développer un travail plastique sous la forme d’installations: Plomberies cinétiques, de dessins et sculptures représentant le Monde transpercé d’aqueducs, d’une série photos des Water Store de L.A, et d’une vidéo: My name is Dusty.

Il y est question de deux lacs disparus à cent ans d'intervalle en deux points du globe diamétralement opposé: l’un en Californie l’autre en Russie. Ces lacs sont liés entre eux par un mythe contemporain né dans l’esprit des babouchkas Russes : les Américains auraient volé leur lac en creusant un tunnel jusqu’aux USA.

Partant d'un fait réel et s'inspirant de l'imaginaire collectif, le travail de Camille Goujon confronte différents points de vue afin de montrer comment la transformation du paysage affect la politique, l’écologie aussi bien que l’imagination.

Ce travail a été exposé dans de nombreux musées en France (Artothèque de Caen, Château d’Oiron, CAC de Meymac...et à Los Angeles) et figure dans l’ouvrage récent rédigé par Paul Ardenne: Un art écologique, Editions Le bord de l’eau, 2018.

 

Chacune des résidences où elle est invitée en France, au Japon, sur l’île d’Ouessant… donne naissance à de nouvelles histoires. Ses thèmes de prédilection sont les paysages industriels, barrages hydrauliques, centrales nucléaires, paysages pétrolifères… dont elle crée des dessins et sculptures anthropomorphes.

Son travail met en relation les mythes cosmogoniques, thèmes bibliques de création du monde aux problématiques environnementales contemporaines.

En 2015, elle vit sa grossesse comme une résidence artistique en son propre corps. Son mémoire de maîtrise en Fac d’Arts Plastiques intitulé: L’origine du monde, la matrice, prend tout son sens. Ses dessins et sculptures de globe terrestre déformés, sa fascination pour ce ventre planétaire, peuvent être lu tant sous l’angle de la symbolique Terre-Mère nourricière que sous l’angle géopolitique d’un monde déformé. Procréation et création se retrouvent intimement mêlées. Paysage-corps, Corps paysages, la sculpture Lilipute, 2011, est un accouchement à l’échelle du paysage. La sculpture La bûcheronne, 2017, porte en son ventre un atelier d’artiste. Elle réalise des dessins et céramiques, déclinés sous l’angle sémantique : dessins, des seins, des seins animés, cent seins, seins pressés, sans tête… Son corps est devenu contenant, réceptacle, corps-maison et corps consommable.

 

La pratique artistique de Camille Goujon se développe aussi dans l’image en mouvement. Le film d’animation est pour elle l’art plastique par excellence, en mêlant dessin, peinture, sculpture, son, photo, narration, film…

En 2014, elle produit avec l’aide de la Ville de Pantin un dessin animé: Travaux Publics où les dessins sont projetés à l’échelle réelle sur un écran de 6,30 x 3,40m. La succession de destructions et de constructions transforme la physionomie de la ville. Dans cette peinture animée, l’apparition et la disparition picturale créent le mouvement, une temporalité, la métamorphose. L’inanimé prend vie, des scènes surréalistes surgissent dans le paysage urbain.

En 2018, elle réalise des films d’animations en papiers découpés pour un spectacle sur la guerre de 14-18, produit par le département de l’Oise. Images par images, la matière se déchire, les personnages se transforment en miettes, gueules cassées de papier.

C’est au cours d’une résidence d’artiste en 2012 qu’elle est invitée à organiser son premier workshop. C’est ainsi qu’elle commence à développer des Ateliers de réalisations de film d’animations collectifs expérimentaux qui deviennent une part essentielle de son travail artistique. Elle n’a de cesse de pousser plus loin les limites de l’expérimentation en élaborant des concepts d’ateliers ouvert à tous, sorte de cadavre exquis animés réalisés à plusieurs mains.

 

En 2018, Camille Goujon décide de venir s’installer à Marseille, ville où elle trouve de multiples similitudes avec Los Angeles. De par sa lumière, son climat méditerranéen, sa végétation, l’aridité de ses paysages, la confrontation entre le minérale et l’architecture, l’étendue même de cette ville étalée entre mer et montagnes, la diversité de sa population...

Les recherches qu’elle développe actuellement à Marseille s'inscrivent dans la continuité de son enquête sur les effondrements, la disparition, les réseaux souterrains, la mise en évidence par le minuscule de problématiques graves qui révèlent l’histoire politique, économique et écologique d’un territoire.

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