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Phoques, sirènes et méduses : une biologie des migrations, 2024-25

La cité des phoques, Enquête

Phoque, méduse et sirène: une biologie des migrations

Phocée ça veut dire «La cité des Phoques» en grec. C’est aussi de là que viennent les navigateurs qui ont fondé Marseille, la
ville phocéenne. A Phocée, il y a un endroit qu’on appelle le rocher aux Sirènes car c’est là que les phoques se retrouvaient
pour manger des méduses le soir. Les marins les confondaient avec des Sirènes. Il n’y a plus de Phoque à Phocée. Mais la mer est envahie de méduses bleues. Il n’y a plus de Sirène non plus. Mais la mer est envahit de styrènes. Le styrène c’est la formule magique du plastique. Les micro-plastiques qui peuplent la Méditerranée ont étou é les phoques et les tortues qui étaient les principaux prédateurs des méduses. Les méduses font fuir les colonies de touristes qui viennent en croisière de l’autre côté de la mer bleue. La nuit, les radeaux de la méduse traversent la mer dans l’autre sens. Il y a 2600 ans ont les appelaient des conqué- rants, maintenant on les appelle des migrants et on les laisse se noyer au milieu des sacs plastiques, des marées noires et des invasions de méduses, au son des sirènes.... de la brigade des frontières..

 Résidence croisée entre Marseille ( France), et   Phocée-Foça (Turquie)

Lauréate de la bourse européenne EFFEA 2024 dans le cadre d’un partenariat entre les Rencontres Internationales Sciences et Cinéma (RISC) et le Foça International Archeology Film Festival (Turquie), elle  débute son enquête lors d’une résidence à Foça, (Phocée) avant de les poursuivre à Marseille. Ce projet, intitulé « Phoques, sirènes et méduses : une biologie des migrations », a été exposé à l’Institut Français de Izmir (Turquie) lors de l’exposition COALITION (20 février – 26 avril 2025), proposée dans le cadre du 15e anniversaire de COAL, association de référence pour l’art et l’écologie à Paris.

La cité des phoques: Conférence Performée

Quel est le lien entre: les phoques, l'archéologie, les méduses, les sirènes, Marseille, les micro-plastiques, les migrations, la pétrochimie, le coq et les Kebabs?

Dans cette conférence performée, l’artiste Camille Goujon s’interroge sur la véritable histoire de Marseille. Au-delà de l’histoire Antique on se questionne sur ce que signifie être de quelque part. En mêlant documents, vidéos de ses enquêtes de terrain, récits mythologiques et témoignages scientifiques, l’artiste se joue des formes narratives, des quiproquos, de la désinformation idéologique et politique. Elle tire les fils des enjeux écologiques et économiques en Méditerranée, monte et démonte l’histoire, rembobine le film qui déconstruit le mythe de la cité phocéenne.



+Exposition,
+Conférence 
+Atelier 
+Herbier collectif,
+Marche publique
+Rencontre  scientifiques.


 

Texte de Charlotte Fauve.  Télérama Novembre 2023

Une chapelle, un micro doré de Karaoké. Drôle de décor pour une conférence «performée» de Camille Goujon autour de son herbier dessiné des lieux. L’artiste, auréolée de carton et d’une barbe -en référence à Sainte Barbe, patronne des artificiers-, commence son exposé , « pile là où il y a 322 ans, Louis XIV, en achetant un lopin de terre, fondait la première usine classée Seveso de France. » Face à une assistance hilare, Camille Goujon convoque jeux de mots, illustrations, performances... Les jeux de mots entraînent des images. Des arts « plastiqués », plutôt que plastiques, pour mieux révéler l’étrange destinée de cette poudrerie royale, puis nationale, frappée par une catastrophe industrielle en 1936 (cinquante trois morts, près de deux cents blessés) et aujourd’hui transformée en parc naturel, «où les arbres poussent boostés par les nitrates des explosifs qui polluent les sols» À la poudrerie, Camille Goujon est venue d’abord pour une résidence, initiée par l’association voyons voir, avec le soutien du Bureau des guides-GR2013. Un an et trois séjours plus tard, elle y est toujours, et est devenue obsessionnelle des platanes, dont elle reproduit merveilleusement à l’aquarelle l’écorce desquamée, si semblable à un camouflage militaire. Dans son enquête « botanico-balistique », son « Explosition », elle a aussi bien réussi à embarquer Farah ou Antoine, les gamins du centre social voisin, que le dendrologue ou le guide-naturaliste Joël Torres. « Ce qui partait comme un délire, nous a amené, au fur et à mesure, à plus de rigueur. Et à une évidence, celle d’un herbier. » Ou plutôt deux, menés en parallèle, avec deux protocoles tout aussi sérieux. L’un scientifique, écotoxicologique, (pendant du gigantesque herbier Castagne, maire de Miramas au 19ème siècle, que Camille Goujon redécouvre au cours de ses recherches). L’autre artistique, illustré, «523 espèces dessinées par 523 habitants des environs». Le recueil de la parole vraie, le pas de côté absurde et rigolard, face à l’angoisse de mort et à la crise climatique. Née en 1977, fille d’éditeurs « éco-anxieux » avant l’heure, Camille Goujon grandit en banlieue parisienne, élevée au milieu des livres de Daniel Pennac, cette dilettante opiniâtre fait « cinq écoles en cinq ans » avant les Beaux-Arts, dont elle sort sans diplôme, à une époque où « l’on ne faisait pas le lien entre art et écologie. » Grâce à une bourse, elle s’envole pour Los Angeles. Révélation : « J’ai suivi le pipe, le tuyau, qui partait de la ville jusqu’au lac Owens, totalement asséché pour assouvir les besoins en eau d’Hollywood.» De retour en France, elle s’installe à Marseille, où assez logiquement, sa fascination pour le « paysage-machine » l’amène à l’étang de Berre, berceau de la pétrochimie française - à deux pas de la Poudrerie de Saint-Chamas et Miramas. La suite se lira dans les plantes qu’elle préfère faire dessiner par d’autres : « Dans leur maladresse, éventuelle, on y lit une personnalité, une histoire. » Comme celle, sulfureuse, d’une terre polluée par l’industrie militaire, où d’anciennes caisses de munitions tiennent toujours lieu de bacs de plantation.

Charlotte Fauve

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